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 Parce parfois dans la vie, il y a des imprévus de taille... [Delm]

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Yris Von Brag
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MessageSujet: Parce parfois dans la vie, il y a des imprévus de taille... [Delm]   Dim 31 Juil - 1:48

La mission aurait été vite expédiée s'il n'y avait pas eu cet... empêchement de dernière minute. Vous savez le genre qui fait qu'il y a plus qu'à tout recommencer...

Tout à commencé dans le cabinet du docteur Von Brag alors qu'elle suturait une plaie béante située dans le flanc de son patient, visiblement pas très rassuré. Pourquoi ? C'est simple, le médecin n'était pas réputé pour sa délicatesse et sa douceur, mais plutôt par sa démence et son sadisme. Cependant, très peu de cas mourraient entre ses mains. Elle ne supportait pas vraiment les jérémiades, les couinements et autres bruits agaçants, alors oui parfois, elle pouvait faire de malencontreuses erreurs. Elle se délectait de la vue que le malheureux soldat lui offrait, grimaçant sous la douleur. C'est à ce moment là que la missive décida d'être donnée. On frappa à la porte, un messager posa sur le bureau, une lettre bleue nuit. Yris détourna son regard vide vers le colis l'espace d'une seconde, et reprit son travail. Ce n'est qu'une fois les soins terminés et le garde congédié, que la jeune femme ouvrit méthodiquement l'enveloppe. Elle en sortit une clé USB avec un identificateur d'empreinte digitale, qu'elle inséra dans le lecteur. La mission était simple précise. Ça allait être vite expédié. Son bureau ne serait fermé que peu de temps...

Direction Meifia, quartier des docks. Après plusieurs jours d'observation, perdue au milieu de la foule, Yris avait réussi à planifier leurs va-et-viens, et avait remarqué qu'ils se réunissaient dans un entrepôt environ tous les deux soirs pour faire le point sur leurs deals. Leurs marchandises ? Les technologies d'Apsaras strictement réservées à l'organisation, pas au premier venu. Les dirigeants s'étaient rendu compte qu'il y avait des fuites dans leurs rangs, et avaient décidé de régler ça au plus vite et de faire disparaître les preuves. Ce fut Yris qui fut choisie pour cette tâche. Rapide, méthodique, sans laisser de traces. La jeune femme s'était procuré les plans des lieux, mémorisé les moindres détails de l'environnement. Elle était prête, ce soir tout serait terminé.

Perchée sur le toit métallique du hangar, au beau milieu de la nuit, une fine silhouette scrutait les alentours plutôt calmes. Ce serait bientôt l'heure. Aucune expression ne se dessina sur son visage, rien pas la moindre émotion ne transparaissait. Elle se glissa à l'intérieur par une aération, et se positionna sur une poutre. Le contact de l'acier la calmait, la faisait sentir zen. Ses longs doigts fins gantés enserraient le bord du métal, retenant son corps filiforme gaîné dans une combinaison noire, son katana fixé dans son dos. Le bas de son visage et son nez étaient cachés sous un masque, assorti à sa tenue. Ses paupières se fermèrent, qu'allait lui raconter son pouvoir ? Les pas résonnèrent puis se multiplièrent, s'arrêtant devant l'entrée. Ils parlaient, puis décidèrent d'ouvrir le loquet. Un ramdam pas vraiment discret résonna. Aux mots « technologies secrètes d'Apsaras », la silhouette ouvrit brusquement les yeux. Elle fixa les marchandises puis reconnu deux trois objets inachevés provenant des labos de développement de l'organisation. Des choses en phase de test, absolument pas définitif et encore moins opérationnel, du moins sans danger pour l'utilisateur. Le vent siffla, les lampes se balancèrent. Tous les regards se braquèrent à droite à gauche. Dans la pénombre, un éclat gris apparut lentement, dessinant peu à peu un large trait métallique. Yris n'attaquait jamais de dos, ou du moins lorsqu'elle n'avait pas le choix. Sa démarche silencieuse et féline l'avança jusque dans la lumière. Un léger sourire satisfait se dessinait sur ses lèvres. Aucun son ne se fit entendre, pas même lorsque les corps tombèrent sans vie sur le sol dans un ballet écarlate et argenté. Ses cibles étaient immobilisés par son pouvoir, pris à la gorge, étouffés. Les proies ne pensaient plus qu'à chercher l'air, pas à s'enfuir. C'était... amusant.

Un bout de chemise déchiré, la lame céleste nettoyé du liquide rubis et retourné dans son étui. La silhouette regagna la poutre métallique pour observer son travail ; les technologies avaient été détruites en même temps que toutes ces vies inutiles. Son sourire s'effaça. Quelqu'un venait d'entrer, alors qu'elle ne l'avait pas perçu approcher. Seuls ses yeux bougèrent ; un humain. Rien de bien grave, il était curieux, il finira comme les autres... Par prudence, son don l'enveloppa discrètement, imperceptible. Non ! Ce n'était pas un humain ! C'était un ange, les ailes cachées derrières sont dos en étaient la preuve, et l'air ne ment pas. Il allait foutre en l'air son plan. Il ne fallait pas qu'il les soigne. Yris, vit la créature s'avancer vers les cadavres encore chauds. Non, il allait...
Avec grâce, elle quitta la charpente, atterrissant avec souplesse et sans un bruit, derrière l’intrus. La porte de l'entrepôt claqua violemment. Le katana s'arrêta à quelques millimètres de la carotide de l'ange, face à lui, par pur principe. D'un ton sec, elle lança :

« Qu'est ce que tu fiches ici ? Laisse les mourir en paix, ils ont ce qu'ils méritent. Va t'en avant que je ne change d'avis !  Je n'aime pas tuer pour rien. »

La jeune femme le toisa avec méchanceté, elle n'aimait pas les imprévu et encore moins de cette catégorie là. Du genre qui défait ce qui a été fait. Si les choses sont ainsi c'est qu'il y a une bonne raison, pas besoin de charité.
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MessageSujet: Re: Parce parfois dans la vie, il y a des imprévus de taille... [Delm]   Mar 2 Aoû - 1:51

Un vent glacé agitait les mèches bleutés qui dépassaient de la capuche sombre rabattue sur la tête de l'ange. Il sentit les embruns se briser sur son visage fin, la bruine ruisselant le long de ses paupières fermées, rafraîchissant ses pommettes de façon délectable dans l'ambiance plutôt chaude de cette fin d'été. Il prit le temps de respirer longuement l'odeur marine unique qui venait du large, au-delà de la jetée, du port, au-delà de toute construction humaine. Ses ailes se déplièrent un bref instant, la force qui les habitait lui promettant de très bientôt pouvoir supporter le poids de son corps. Bientôt... Dans moins d'un mois, il pourrait s'élancer du haut du chemin de promenade surélevé du port, et voler en direction de l'horizon, sans penser à rien. Pour l'heure, s'il sautait de ce promontoire, ce qu'il gagnerait serait une belle collection de fractures avec contusions et saignements qui vont avec, alors autant oublier cette idée tout de suite. Il fallait faire preuve d'un brin de patience, voilà tout. Et c'était justement une qualité que l'ange non seulement possédait, mais dans laquelle il était également passé maître. Ce qui pouvait lui causer tort dans pas mal de situations d'urgence, c'était vrai.
Ses paupières se relevèrent, les cils expulsant l'eau qui s'y était déposée d'un bref battement. Quelqu'un venait.

« C'est toi le contact ? »

La voix de l'homme était méfiante, elle transpirait la peur mal contrôlée, pas une peur canalisée sur un objet ou un être, mais plus une angoisse générale due très certainement à la pression que lui imposait sa mission. Delm tourna légèrement la tête, sans que sa capuche ne suive le mouvement, ce qui permit à l'humain de voir seulement la moitié de son visage.

« Excusez-moi, mais que voulez-vous dire exactement par « contact » mon brave ? »

Visiblement, la réponse de l'ange ne donna pas satisfaction au « brave », qui comprit qu'il venait de commettre une erreur de jugement assez préjudiciable, puisque son contact n'était pas du tout ce type étrange aux grandes ailes qui se baladait le long du port à deux heures du matin... C'est pourquoi il brandit une sorte de gourdin devant lui, dévisageant l'ange tout en se décalant un peu sur la droite, certainement prêt à éliminer sa propre bourde afin de garder valeur aux yeux de ses supérieurs. C'est ce moment là que choisit le véritable « contact » pour faire son apparition, tout aussi nerveux que son collègue, regardant avec inquiétude la scène qui se déroulait devant ses yeux.

« Brand, qu'est-ce qu'il se passe ? C'est qui l'ailé ?
_Il voulait nous doubler, faut l'éliminer !
_Ok, regarde moi pour tes derniers instants salopard ! »

L'ange ne bougea pas. Il ne se retourna pas, ne se tendit pas, il resta calmement ancré dans sa position, observant toujours le premier homme avec des yeux compréhensifs. Puis son regard se durcit. Il se glaça. Ses pupilles s'amincirent, sa main droite gantée remonta jusqu'à son visage, et repoussa la capuche sur le côté. Puis il prit la parole d'une voix basse et grave, fixant toujours le premier homme intensément.

« Je ne sais pas quelles sont vos manigances, mes amis, mais vous semblez bien mal préparés... Vous m'avez donné un de vos noms, vous m'avez impliqué sans le vouloir, vous êtes tous les deux nerveux, et... »

Delm se mit soudain en mouvement. Alors qu'il n'avait jusqu'à maintenant pas esquissé le moindre geste, il fit un demi-tour sur lui même, et plaça sa main droite sur la gorge du deuxième homme. Alors seulement, il termina sa phrase.

« ... vous m'annoncez que vous allez m'éliminer. »

Les yeux de sa victime exprimèrent une frayeur incontrôlable, le genre de peur qui passe avant tout, qui donne des ailes. Mais même avec des ailes, lorsque vous êtes pris à la gorge par un ange au regard froid, vous vous sentez... pris au piège. Delm rapprocha son visage de celui de l'homme, et chuchota :

« Du sang coule dans le bâtiment derrière vous. Je veux le code d'ouverture de la porte. »

Le premier homme, Brand, décida alors de tenter le tout pour le tout, et, oubliant un instant la peur qui lui enserrait les entrailles, balança son gourdin vers la tête de l'ange. Il ne termina jamais son mouvement. Il s'endormit avant.

Delm tendit son bras gauche, et retint Brand pour ne pas qu'il s'effondre sur le sol avec trop de brutalité. Il le laissa glisser lentement, maintenant toujours l'autre homme bien droit en exerçant une pression continue sur sa gorge, afin qu'il ne puisse pas profiter de ce moment délicat. Enfin, lorsque Brand fût assis contre le hangar, dormant paisiblement en rêvant certainement à des pensées un peu plus joyeuses que la dure réalité qu'il devrait affronter à son réveil, toute l'attention de l'ange se reporta sur sa victime.

« Le code.
_ Quatre quatre quatre quatre !
_Pardon ?
_Quatre quatre quatre quatre !
_Quatre quatre ?
_Non, les quatre chiffres !
_Oui, c'est ce que je viens de dire...
_Ah bon ?
_Bref, les quatre chiffres du code sont des quatre ?
_Voilà !
_Ca vous paraît pas un peu simple à pirater ça ?
_Ne me tuez pas, pitié ! »

Delm ne répondit pas. Ses sens angéliques le pressaient d'aller porter assistance aux malheureux présents dans le hangar devant lui, il sentait l'odeur du sang et de la mort se frayer un chemin dans les interstices de la porte métallique, l'appelant avec une force et une intensité qu'il ne pouvait ignorer. Dire qu'il était simplement venu ici pour s'approvisionner en herbes médicinales ! S'il excellait dans la guérison pure et simple, la mise en conditionnement des malades les plus graves était encore à améliorer... Et c'est là que des herbes telle que la racine de Vingrive ou encore l'écorce d'Inia intervenaient : renforçant temporairement le corps de ses patients, ils supportaient bien mieux les traitements curatifs qu'il était obligé de leur infliger. Le seul problème de ces herbes, c'est qu'on ne les trouvait pas n'importe où, alors soit il fallait s'aventurer dans des jungles plutôt reculées qui n'inspiraient pour ainsi dire pas confiance à grand monde, soit les acquérir dans des lieux de transitions importantes de marchandises. Comme le port de Méfia par exemple.
Mais ce n'étaient pas les herbes rares qui trottaient dans la tête de l'ange lorsqu'il laissa le deuxième homme glisser le long du mur, à côté de son collègue, et lorsqu'il s'approcha du cadenas sécurisé. Il était à des centaines de lieues de là. Toute son âme était obnubilée par la possibilité de sauver des vies humaines, quelles quelles soient.

L'être angélique indiqua quatre fois le chiffre quatre au cadenas, et poussa la porte métallique dès qu'elle s'ouvrit avec un cliquetis. Il entra.

L'intérieur du hangar pouvait s'apparenter à... un tombeau. Des corps gisaient un peu partout, certains diminués d'un membre ou de leur tête, le sang se leurs blessures se mêlant à des composants électriques répandus sur le sol. Un carnage. Mais un carnage méthodique. Pas l'oeuvre d'une brute qui aurait essayé de tout casser, plutôt celle d'un assassin qui avait méthodiquement éliminé toutes les têtes de sa mission. Et pourtant, un bon nombre de victimes respiraient encore...

*J''ai peut-être dérangé l'assassin avant qu'il ne termine son travail... A moins qu'il n'ait compté sur le temps pour parachever son oeuvre.*

Dans l'état où ils étaient, les hommes mutilés qui râlaient autour de lui allaient mourir d'ici quelques minutes. Et si l'assassin avait voulu les laisser souffrir avant qu'ils ne meurent ? Frissonnant à cette sombre idée, Delm laissa ses yeux angéliques parcourir les profondeurs du hangar. Si cette supposition était la bonne, le meurtrier se trouvait encore dans les parages...
Une ombre. Une silhouette, l'espace d'une seconde. L'espace d'un battement de paupières. C'est tout ce que vit l'ange avant que la porte du hangar ne se ferme brutalement, et qu'une lame d'acier glacial ne vienne titiller son cou juste au niveau de la carotide.

La jeune femme qui l'avait ainsi surpris parla alors d'une voix dure et sans pitié, lui offrant la vie sauve s'il ne faisait rien, car « elle n'aimait pas tuer pour rien ». En entendant ces mots, l'ange se tendit. Son esprit lutta quelques instants contre une colère noire venue de l'intérieur, mais il parvint à la maîtriser et à reprendre contrôle de lui même. Finalement, il toisa la jeune femme avec un regard... compréhensif. La palette des émotions que pouvait exprimer son visage ne lui laissait pas beaucoup de choix de toute façon. Il prit alors la parole d'une voix douce, ponctuant ses mots d'un peu de libération de mélatonine, l'hormone du sommeil :

« Mon enfant, les épreuves qui ont dû vous conduire à commettre de tels actes ont certainement été terribles... Cependant, aucun intérêt n'est assez important par rapport à la vie d'un homme. Vous dites que vous ne souhaitez pas tuer pour rien, mais alors pourquoi tuez-vous ? »

Conscient que son plaidoyer n'aurait peut-être pas l'effet escompté sur un assassin en puissance, il profita du temps gagné par la conversation pour explorer mentalement les blessures des victimes, en faire l'inventaire et les classer, afin d'être fin prêt si une occasion se présentait de vraiment les guérir. Pour l'heure, il attendait de voir la réaction de la jeune femme à sa phrase imprégnée de magie du sommeil...
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MessageSujet: Re: Parce parfois dans la vie, il y a des imprévus de taille... [Delm]   Jeu 4 Aoû - 11:40

Le bras replié, la lame froide du katana contre la peau ivoire de l'ange, Yris l'observait en détail. Largement plus grand et plus charpenté que le jeune femme, c'était assez comique de voir la petite bête menacer la grosse. D'après ce qu'elle pouvait en voir, vu la proximité des deux protagonistes, il avait de longs cheveux noirs, dont quelques mèches entravaient un demi visage harmonieux, tellement angélique qu'on pourrait croire qu'il est parfait. Or dans ce bas monde, rien n'est parfait, loin de là. Yris ne se demanda pas à quoi pouvait ressembler le reste du minois, elle predrait trop de temps dans son inspection, ça lui arracha un léger sourire caché sous son masque. Habillé dans des vêtements plutôt discrets passe partout, son corps était enveloppé dans une cape à large capuche. Il sentait les herbes médicinales. L'homme s'exprima avec une voix douce. A tel point qu'on avait envie de s'y blottir pour y piquer un petit somme. Chez Yris, cela provoqua pour un de ces sourcil un léger haussement, signifiant un amusement quant au contenu de la tirade, puis des clignements de paupières prononcés et une très légère perte d'équilibre qui entraina une inévitable entaille dans le cou de l'ange. Réflexe immédiat, une bulle d'air sous pression vint se plaquer à l'endroit sectionné. Si, elle n'avait pas autant un mental de fer, elle se serait surement assoupi un court instant. Son regard ardoise parut s'enflammer.

« Arrêtes ça ! Ce n'est pas en tentant tes petits tours de magicien que tu arriveras à tes fins. Tu y perdras ta tête ou ton sang.»

La jeune femme marqua une courte pause avant de poursuivre. La bulle faisait son effet, aucune goutte de sang perla. La pression se rétavlit et la bulle disparut. Une simple trace rosée transparaissait.

« Va t'en ! Ils sont condamnés ! Il y a d'autres vies, celles d'innocents, qui méritent d'être sauvées, Pas celles ci ! »

Tout en parlant, elle recula d'un pas élégant, rangea immédiatement son arme dans son étui. Une forte bourrasque, sortie de nul part, percuta l'ange de plein fouet lui faisant rencontrer la porte du hangar. Yris lui tourna le dos et bondit sur la charpente dans l'ombre. Une bulle d'air apparut englobant ses victimes, baissant petit à petit la pression, créant ainsi un vide achevant ainsi sa mission. Le loquet du portail s'enclencha à distance. La jeune femme murmura un léger « Adieu », restant perchée dans la pénombre, attendant que l'ange se résigne à aller voir ailleurs.
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MessageSujet: Re: Parce parfois dans la vie, il y a des imprévus de taille... [Delm]   Sam 6 Aoû - 13:49

Une entaille. Il y avait une entaille sur son cou angélique, et pourtant le sang n'en sortait pas. Quelle était cette sorcellerie ? Ses plaquettes n'avaient pas pu s'activer et s'agréger si vite, quelque chose obstruait donc la blessure minime. Une sorte de pression qui s'exerçait sur la partie lésée, comme si quelqu'un y maintenait ses doigts dessus. Sauf que rien ni personne ne semblait se tenir entre le katana et son cou vulnérable. Chaque détail avait son importance, Delm le savait. Il enregistra donc l'information dans un coin de son esprit, dans le cas où l'utiliser ensuite se révélerait utile. A vrai dire, l'ange avait connu un être capable d'une telle prouesse, un mage maître de l'air qui contrôlait son environnement grâce à la pression exercée sur les objets et les êtres autour de lui. Jadis, cet homme l'avait aidé à récupérer des champignons dans le zoo funèbre, moyennant paiement bien sûr. Son nom... Kazuma. Mais les ressources dont il disposait pour contrôler l'air étaient si importantes que Delm avait dû attendre de le voir terrasser deux démons avant qu'il ne daigne montrer un signe de fatigue. L'ange espérait sincèrement qu'il n'en était pas de même pour la jeune combattante masquée devant lui, car elle n'était pas de son bord, et il n'avait aucun démon sous le bras à lui faire combattre...
Mais au lieu d'une autre démonstration de ses pouvoirs, l'inconnue le menaça à nouveau. Une menace assortie d'une justification douteuse selon laquelle ces hommes n'étaient pas « innocents ». Quelle était la réelle signification du terme innocent ? Delm ne le savait pas, et il doutait que quiconque le sache.

Tout cela devenait de plus en plus étrange. Pourquoi l'assaillante n'essayait-elle pas de l'éliminer ? Il était à la fois un témoin gênant, un empêcheur de tourner rond quant à sa mission, et une tête de mule notoire lorsqu'il s'agissait de vies humaines, elle avait dû s'en apercevoir. Alors pourquoi s'offrir le luxe de deux ultimatums, avec à chaque fois une possibilité de fuite pour le témoin ? Curieux, à moins peut-être qu'elle n'ait d'abord voulu jauger ses capacités angéliques ; Delm savait que certains de ses confrères n'avaient pas les mêmes scrupules que lui quant à l'usage de l'art du combat, il était donc effectivement prudent de ne pas attaquer trop vite un être ailé. Cependant, elle maîtrisait sans conteste une certaine forme de magie, et elle semblait sûre d'elle, ce qui rendait son attitude incompréhensible aux yeux de l'ange. Et ne pas comprendre exigeait la plus grande prudence pour agir.

Soudain, un mouvement. A la limite de la vision. Pas le mouvement d'une personne.

Avant que Delm n'ait pu peser chacun des mots qu'il souhaitait employer dans sa réponse à la femme au katana, il fût projeté avec une force ahurissante contre la porte du hangar, sans même pouvoir étendre les ailes pour tenter de ralentir ce vol plané très peu gracieux. Il percuta le métal froid avec un fracas épouvantable, pliant légèrement la tôle au passage. Il réalisa immédiatement une inspection mentale de son corps, mais à part deux muscles dorsaux un peu mâchés, il n'y avait heureusement pas de blessure notoire. Il corrigea ces deux anomalies très rapidement, avant de tenter de se relever. C'est à ce moment là que son esprit enregistra un certain nombre de problèmes supplémentaires. Mais ils ne venaient pas de son corps ceux-là.

L'ange constata avec horreur que ses patients perdaient la vie à une vitesse bien plus importante que ce qu'il avait déterminé grâce à son inspection mentale. Quelque chose avait changé, et il devait trouver quoi ! Son âme angélique vola à la rescousse des mourants, et inspecta une nouvelle fois leurs corps : problème majeur de respiration. Soit il s'agissait d'une cause environnementale, créée par la magie de la jeune femme, soit c'était interne, un poison à diffusion différée bloquant les bronches. Dans les deux cas, il ne pourrait pas leur porter assistance assez vite. Il n'y avait qu'une seule chose à faire.

Alors que le loquet du portail derrière lui émettait un cliquetis caractéristique de son ouverture, Delm se releva totalement. Il écarta les deux bras, et ferma les yeux. La compétence qu'il allait utiliser n'était pas très compliquée à mettre en oeuvre, mais il n'était pas familier avec elle, car il répugnait à l'utiliser. Pour la simple et bonne raison qu'elle allait achever au moins la moitié des âmes qu'il voulait garder en ce monde. Mais rien n'est jamais facile, et il fallait parfois prendre de graves décisions très rapidement. Sauver tout le monde n'était plus à l'ordre du jour.
L'ange se concentra pendant deux petites secondes, puis soudain sa tête partit en arrière, comme si on lui avait donné un coup de poing sous le menton. Le pouvoir fût libéré.

Branche annexe de la magie de guérison, le contrôle des stimuli nerveux était un art complexe et très délicat à maîtriser. Delm n'était pas un as dans ce domaine, mais en bon guérisseur il savait employer cette magie afin d'induire un choc nerveux puissant chez ses patients. Le but était simple : les hommes effondrés autour de lui n'ayant plus assez d'oxygène pour survivre, il fallait pour les maintenir en vie les plonger dans un état d'inconscience profond. Moins le corps vit, moins il a besoin d'oxygène. Le problème majeur étant qu'un choc assez puissant pour toucher toutes les personnes présentes dans la salle allait achever plus de la moitié des mourants. C'était inévitable.

Le flux magique libéré d'abord pas les mains de l'ange, puis par son corps en totalité, engendra une onde de choc unique qui grossit à vue d'oeil, avant de s'écarter de son centre en un instant. Elle parcourut la distance qui la séparait des bords du hangar à une vitesse impressionnante, traversant les êtres vivants comme si c'était du beurre, ne s'arrêtant qu'aux parois métalliques qui délimitaient la pièce. Delm sentit immédiatement la mort d'une dizaine de ses protégés, ce qui lui arracha un cri d'impuissance assorti d'une blessure au coeur qui ne guérirait sans doute jamais vraiment, tenant compagnie aux centaines d'autres déjà présentes, chacune d'elles représentant des morts qu'il aurait souhaité éviter. Mais les autres sombrèrent dans un état végétatif profond, leur assurant un sursis de quelques minutes. C'était tout ce qu'il fallait à Delm.
Levant la tête tout en ouvrant les yeux, l'ange s'adressa aux ombres dans lesquelles il pensait que se situait la meurtrière :

« Ton coeur avait compris, je crois, que je ne partirai pas sans avoir tenté quelque chose. Quoi que ces hommes aient pu commettre, à mes yeux tu ne vaux ni plus, ni moins. Ils ont certainement du sang sur leurs mains. Toi aussi. Moi aussi... »

L'ange prononça ces derniers mots à voix basse. Ils ravivaient le souvenir de l'être noir qui se cachait en lui, attendant son heure, tapi dans l'ombre de son âme. L'être aux ailes noires qu'il avait autrefois été. Mais il ne le serai jamais à nouveau. Non, il se l'était promis.

Ses yeux, plus bleus que jamais, scintillèrent dans la pénombre du hangar. La seule façon de refouler l'être noir au plus profond de lui-même, c'était d'user d'un pouvoir que cet être, si puissant soit-il, ne pouvait pas faire usage : la guérison. L'ange battit des ailes. Une fois. L'élan procuré par ce mouvement lui donna la rapidité nécessaire pour atteindre les premiers corps vivants qui gisaient sur le sol, la magie de guérison déjà au bout des doigts.

Delm appliqua les deux doigts de sa main droite sur le cou du premier homme...
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MessageSujet: Re: Parce parfois dans la vie, il y a des imprévus de taille... [Delm]   Lun 8 Aoû - 23:30

Le choc métallique du corps contre la porte sonna comme une douce mélodie aux oreilles de la demoiselle. Il s'en fallut de peu qu'elle se mette à sourire derrière son masque. Oui, elle aimait faire souffrir et oui, elle serait capable de tout pour parvenir à son objectif. Mais visiblement le témoin gênant l'était de plus en plus, surtout qu'il n'avait pas l'air de comprendre dans quoi il s'était fourré ! La silhouette ailée se releva doucement et quelques instants plus tard, bascula presque en arrière sous le choc d'un coup invisible. Non, ce n'était pas elle, elle n'avait rien tenté ! Mais que ce passait-il ? Elle n'eut pas le temps de répondre à cette interrogation, puisqu'elle se fit percuter par l'onde lumineuse libérée par l'ange. Son corps chancela, avant que son centre de gravité ne se déplace violemment, la faisant chuter de son point d'observation. Sa surprise avait empiété sur ses réflexes et s'était fait avoir comme un bleu. Ses doigts ne purent la retenir à la charpente, elle était complètement sonnée par la collision du pouvoir angélique. Son corps frêle toucha le sol, sans aucun bruit, terminant de l'assommer. Son pouvoir n'avait pas pu non plus se déclencher, ses ressources étaient épuisées à cause de sa stupeur. Elle ne vit rien de ce qui se passa ensuite, ni les yeux de l'ange briller comme des néons bleus, ni déployer ses ailes pour voler au secours de ses victimes. Elle ne se souvenait de rien, elle était dans une bulle hors de l'espace et du temps.

Yris se trouvait dans une grande pièce vide de tout meuble, toute couleur, mis à part l'immonde peinture caca d'oie qui maculait le sol et les murs. Ses yeux se baissèrent et fixa un trou béant au milieu de la salle. Une sorte de ravin au dessus duquel des filins et des poutres étaient suspendus. Encore un test stupide d'Apsaras destiné à trouver ses faiblesses. De l'autre côté se trouvait une caisse avec l'emblème de l'organisation et des sbires armés jusqu'aux dents. Elle s'élança yeux grands ouverts, à une vitesse folle en direction du ravin, elle bondit pour agripper une poutre en acier. Mauvais calcul, sa cage thoracique encaissa le heurt violemment avec le métal lui entaillant sévèrement la peau. Elle glissa, puis chuta sur un filin qui lui laissa une autre marque, lacérant brutalement dans l'autre sens sa peau. La dernière chute fut la pire. Elle dégringola dans l'abîme sans fond. La descente fut lente, douloureuse et sans espoir. La jeune fille attendait son heure. Au moins, elle avait essayé ! Ce fut à ce moment qu'elle ouvrit les yeux et entra dans une colère noire, son pouvoir prit le dessus, la propulsant comme une flèche vers le sommet, balayant les ennemis qui l'attendaient au bord de la falaise et explosant la caisse renfermant le prochain ordre de mission... C'était il y a 5 ans.

La jeune femme rouvrit les yeux brusquement, se releva avec une agilité et une rapidité surprenante. Son épaule gauche était endolorie, le muscle mâché et l'os déplacé. Heureusement, elle était droitière, elle pourrait toujours se défendre. Son bras pendouillait lamentablement, mais elle n'avait pas le temps pour s'en occuper. En quelques secondes, ses yeux vifs avaient fait le point sur la situation. L'ange avait déjà soigné cinq individus encore comateux apparemment.

*Et... merde ! Cet abruti fiche tout en l'air ! Je n'ai vraiment plus le choix ! Il va falloir que...*

Ses pensées furent interrompues par le roulement pas vraiment discret de la porte, la main sur son katana, la lame à moitié sortie de son étui. Sa tête pivota légèrement en direction du bordel, et vit cinq miliciens d'Apsaras se tenant dans l'entrée armés jusqu'aux dents.

"Elle est là ! On a réussi à la coincer ! Notre plan à fonctionné.
- Méfiez-vous quand même, elle n'est pas seule ! Regardez, il y a un ange avec elle !
- Elle nous a trahis, ils sont encore en vie ! Remarque, on l'a bien piégée... Mais j'en connais qui vont être content d'apprendre qu'elle laisse des traces derrière elle.
- La jolie doctoresse va mourir ! Elle va voir se que ça fait d'être torturé ! Hahahaha !
"

Suite a ce dialogue fort... inu... intéressant, les cinq soldats se ruèrent à l'intérieur. Réflexe merdique, elle leva son bras gauche pour lancer son don, mais sous la douleur, l'onde magique envoya l'un d'entre eux s'encastrer la tête la première dans la tôle du hangar à l'opposé de ses camarades. Yris se retint de ne pas hurler, elle cracha juste un léger gémissement. Elle supportait la douleur en général, mais là, ça faisait vraiment mal ! Alors qu'elle souffrait en silence, elle s'aperçut que l'ange absorbé par ses soins, allait se faire mettre en pièce. L'assassine continua le mouvement de son bras droit et lança avec une précision terrifiante son arme, telle une fléchette sur une cible. La lame traversa net et sans effort le crâne de son ennemi. Plus que trois ! Le second qui avait pour cible l'ange, se vit sectionné en deux sous la pression que lui imposait l'air ambiant. Certes, ces méthodes était violentes, mais tellement efficaces. Pendant que la jeune femme s'occupait des ennemis indirects, elle avait oublié que les deux derniers s'étaient rapproché un peu trop...

"Si vous tenez à votre vie je vous déconseille de vous en prendre à moi. Ce que j'ai fait à vos amis, ça sera douceur à côté de ce que vous allez subir !
- Franchement, vu comment tu nous as recousu, on connait ta délicatesse...
- Et merci de nous avoir permis de te piéger, Yris !
- Bande d'enflures ! J'aurai du vous laisser crever sur ma table. Vous ne méritez pas que je me sois décarcassée pour vous sauver, vu ce que vous en faites !
- MEURS !!!
- Pas vraiment non !
"

La jeune femme esquiva les attaques du mieux qu'elle pouvait, mais sans son arme ça allait se compliquer. D'autant plus que son épaule ne pouvait pas être soignée dans ses conditions, nécessitant un parfait immobilisme. Mentalement, elle ordonna à son don d'englober son katana et de lui ramener. Malheureusement, un coup de crosse vint la frapper à la pommette, déchirant partiellement son masque, blessant son visage. La lame tomba au sol dans un fracas métallique, non loin du corps qu'elle venait de quitter. L'éraflure textile concernait sa joue droite et le coin de sa bouche, rougissant et devenant maculées de sang. Cet acte la rendit folle l'espace d'un court instant. Oubliant la douleur de son épaule, et sans prévenir, elle vint enserrer la nuque de son assaillant, positionna du premier coup ses doigts sur les points de pression cervicaux et lui fit tomber dans l'inconscience. Le corps entreprit de s'affaler sur elle, mais continua son carnage lui cassant la nuque d'un coup sec. Son accès de fureur était toujours au beau fixe et se déversa sur le dernier survivant, tout tremblant, regrettant son acte irréfléchi.

"Très mauvais choix ! Mauvaise cible ! Vous me connaissez pourtant, vous devriez savoir que je suis loin d'être saine d'esprit ! S'attaquer à ma personne signifie mort dans d'atroce souffrance ! Tout est fini pour toi mon chou..."

D'un simple commande mentale, Yris scella le sort de sa dernière victime. L'homme vit son souffle coupé, chaque os éclater sous la pression donnée par l'air l'entourant, le moindre vaisseau sanguin, lymphatique, la moindre cellule de son organisme implosa. Il n'en resta d'un simple amas de chair en bouillie. Dans un rictus malsain, la jeune femme s'écroula, presque inanimée sous le coup de la douleur et d'épuisement, à cause de l'utilisation prononcée et concentrée de son don dans ces dernières minutes. La seule vision qui s'offrit à elle avant de sombrer, c'était l'ange qui se tenait face à elle, juste à son niveau... Une seule pensée jaillit :

*Et merde...*

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Delm
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MessageSujet: Re: Parce parfois dans la vie, il y a des imprévus de taille... [Delm]   Dim 14 Aoû - 23:47

Delm effectuait ce qu'il savait le mieux faire, ce pourquoi il était ce qu'il était, sa seule et unique façon d'exister. Delm guérissait des êtres humains. Agenouillé près de la tête d'un homme qui était certainement un assassin en puissance, sans nul doute prêt à se retourner contre son sauveur, l'ange ne voyait là qu'une vie dotée de milliers de possibilités, un être pouvant changer pour peu qu'on lui laisse une chance. Certains le disaient naïf. Il donnait juste une autre chance. Une de plus. Ca pouvait paraître absurde, certains des miraculés qu'il tirait des griffes de la mort au détriment de son propre bien être allaient pour certains devenir de tels monstres qu'ils tueraient deux fois plus d'êtres que Delm en guérirait dans toute sa vie. Mais s'il en était ainsi pour certains, d'autres au contraire sauveraient des vies. Un équilibre immuable qui existait forcément dès qu'on parlait d'un grand groupe de personnes, l'éternelle loi des probabilités. Delm avait conscience que ses interventions étaient parfois malvenues dans des opérations où l'élimination d'une personne allait sauver la vie à un millier d'autres, mais il se devait de sauver les gens sans distinction. Ce n'était pas à lui de porter un jugement sur la bonne foi d'une personne, pas plus qu'aux autres d'ailleurs. Chacun avait sa propre vie avec des possibilités quasi-infinies, une vie qu'il utilisait et qu'il tentait de garder. Delm aidait les hommes en ce sens.
La magie douce s'écoulait de son index et de son majeur droit, mais elle provenait de tout son être. Il ne savait pas vraiment d'où cette force lui venait, il savait simplement qu'elle s'épuisait rapidement lorsqu'il tentait des opérations de trop grande envergure, qu'elle était présente dans son corps et qu'elle le servait jusqu'à un certain point. Jusqu'à ce qu'il en demande trop. Là, la magie appelait quelqu'un en lui. Un être aux ailes noires, qui possédait le pouvoir qu'il demandait, et même infiniment plus. Jamais. Il n'en arriverait jamais là.

La guérison des hommes étendus devant lui était compliquée, mais ne nécessitait pas une énorme débauche d'énergie, heureusement pour l'ange qui n'avait nulle envie de se frotter à l'ombre de son âme. La seule chose dont il avait besoin, c'était du temps. Et il n'en avait pas.
L'assassin reviendrait, il le savait. Si son coeur n'était pas d'un noir d'encre, il était assez obscur pour qu'elle ressente le besoin de finir l'horrible tâche qu'elle avait entreprise. L'ange de disposait d'aucun pouvoir pour l'en empêcher. Le choc nerveux qu'il avait envoyé au travers du hangar quelques instants plus tôt avait pour but d'endormir ses patients ; il était tout à fait incapable de réitérer une magie de ce type pour se défendre ou protéger des personnes. Pourquoi ? A vrai dire il n'en avait aucune idée. Il ne souhaitait pourtant pas trépasser, et sauvegarder la vie des hommes qu'il venait de sauver était son plus cher désir. Mais son pouvoir servait uniquement la guérison, quoi qu'il advienne. Ce n'était pas à lui d'intervenir sur la suite des évènements.

Un cinquième être humain recouvra un état de santé relativement bon, personne n'aurait pu imaginer que l'homme qui dormait paisiblement d'un sommeil calme, était à l'agonie la plupart de ses organes tranchés, quelques instants plus tôt. L'ange passa une main sur le front du dormeur, et y traça rapidement un signe de croix. Que Dieu vous protège, mon fils. Il ne pouvait rien faire de plus pour le malheureux. C'est alors qu'il s'apprêtait à passer au sixième homme que Delm le sentit. Le danger. Des hommes venaient de rentrer dans le hangar, et ils apportaient mort et désolation avec eux... Décidément, on est bien loin du calme d'une église... Delm commença à guérir son sixième protégé. Aujourd'hui, un ange mourrait certainement. Ce serait durant son ultime guérison.
Mort dans cet endroit abandonné par la lumière du Seigneur, son corps se refroidirait lentement, puis pourrirait, tandis que son âme rejoindrait le ciel. C'est ainsi que l'ange voyait les choses ; peu de personnes raisonnaient de cette façon. Qui détenait la vérité ? La magie angélique, habituellement blanche, prit une teinte bleutée qui baigna le sixième homme dans une aura divine. Cette guérison serait un succès, il pouvait au moins s'assurer de cela.

Derrière l'ange en plein travail, le sang coulait à flots. Un combat s'était engagé. Pourquoi ? Pourquoi les êtres humains employaient leur temps à détruire ce que le Seigneur leur avait confié ? Cela dépassait Delm. L'homme couché au sol bougea un peu sous ses doigts. Cela faisait beaucoup de guérisons que l'ange enchaînait, et il commençait à en ressentir le contrecoup magique. Il faudrait qu'il se repose, très bientôt. De plus, alors qu'il pensait sa dernière heure arrivée, il avait usé de beaucoup plus de magie pour ce dernier soin ; d'ailleurs, au lieu de tomber dans un sommeil profond à l'image de ses camarades, l'homme ouvrit les yeux. Des yeux noirs, encadrés par des sourcils broussailleux, qui ne comprenaient pas vraiment ce qu'il se passait. Ses cheveux grisonnants étaient éparpillés autour de sa tête en touffes poisseuses de sang, une barbe de quelques jours mangeait son visage balafré, et du sang noir coagulait lentement sur ses paupières. L'homme se releva sur un coude, fixant toujours l'ange de ses yeux noirs. Les yeux bleus de l'être angélique restèrent rivés sur le visage du premier être humain qu'il voyait se relever immédiatement après une opération, et ce n'est qu'après une dizaine de secondes que Delm traça d'une main tremblante le signe de croix sur le front du miraculé. Que Dieu vous protège, mon fils.
Pourquoi Delm n'était-il pas mort ? C'était sa dernière guérison, sa plus belle, sans doute son chef d'oeuvre, il y avait mis tout son coeur, tout son art, toute sa magie. Pourquoi n'avait-il pas pris un coup de lame dans le dos, entre ses deux ailes ? Que faire, maintenant ?

L'ange se retourna lentement. Un vrai massacre. Cette fois-ci, plus personne ne respirait. Il n'y avait plus rien à faire. La greffe de tête n'était pas dans les cordes d'une guérison, même effectuée par un ange au sommet de son art. Or Delm était loin du sommet de son art. Son regard fatigué descendit lentement pour se poser sur une silhouette étendue sur le sol, une épaule formant un angle peu naturel, quelques cheveux longs dépassant d'un masque fendu. L'assassin ! Sa poitrine se soulevait lentement, ses yeux semblaient prêts à se révulser, mais elle était vivante... Pourquoi ne l'avait-il pas senti immédiatement ? Sa magie était-elle si faible qu'il ne pouvait même plus effectuer une opération de détection normalement ? L'ange marcha à pas lents entre les cadavres encore chauds, et s'arrêta près de la tête de celle qui avait tant tué. Un de ses genoux se posa doucement sur le sol, et il releva délicatement le menton de l'assassin. Elle sombra dans l'inconscience.
Delm l'observa un instant, dans le silence de mort qui régnait dans le hangar. Puis il lui retira les restes de son masque. Un visage que l'existence semblait avoir marqué au fer rouge, comme si ses traits, qui auraient pu être fins et délicats, s'étaient durcis en une beauté froide insensible à la torture. L'ange frissonna. Bien des démons avaient autrefois été des hommes de bien.

Delm laissa doucement couler la magie de ses doigts... Et rien ne se passa. Il n'avait plus rien ! Plus une goutte de magie ! S'il tentait de puiser cette énergie au fond de lui, il réveillerait l'ange déchu, et il n'en était pas question. La jeune femme ne semblait pas à l'agonie, mais d'un autre côté il n'avait plus non plus ses dons de détection... Que faire ? C'est à cet instant qu'un toussotement retentit derrière l'ange.

« Hum hum...
_Que voulez-vous mon fils ? »

Derrière l'ange agenouillé se tenait le sixième homme. Celui qui s'était réveillé immédiatement après la guérison. Sa voix était rocailleuse, mais on sentait dans sa façon de parler ses efforts pour la rendre plus douce et plus basse.

« Vous m'avez sauvé, pas vrai ?
_C'est mon travail, mon fils...
_Chuis pas votre fils, putain !

L'homme sembla regretter ses paroles, et essaya de se calmer du mieux qu'il le put. Puis il reprit d'une voix un peu tendue mais plus calme

_Je vous dois une fière chandelle, l'ailé.
_Mes services ne se paient pas. Si vous souhaitez montrer votre reconnaissance, faites appel au Seigneur.
_Rien à branler, j'y crois pas à votre putain de Dieu. Pourquoi il laisserait toute cette misère se dérouler sur cette terre hein ?
_Il a donné aux hommes le libre arbitre. Chacun choisit.
_C'est ça, c'est ça... En tout cas j'ai une dette envers toi, et je vais la payer. »

L'homme prit la jeune femme dans ses bras, et la souleva sans trop de peine. Je lui ai même rendu ses ressources physiques ! s'émerveilla l'ange, toujours prêt à apprécier le fruit de ses guérisons. Puis il fit signe à Delm de le suivre, et sortit du hangar. L'ange le suivit docilement. Vous-ais-je déjà dit qu'il était naïf ?
L'homme marcha en silence pendant une dizaine de minutes, se retournant de temps en temps pour vérifier que l'ange le suivait. Enfin, il s'arrêta devant une maison un peu miteuse, sortit un trousseau de clefs de sa poche, en choisit une, l'inséra dans la serrure et tourna. Il ouvrit la porte du bout du pied, et entra dans le couloir qui s'étendait devant lui. Delm le suivit jusqu'à une chambre dans laquelle il étendit la jeune femme sur l'unique lit présent dans la pièce. Enfin, l'homme se retourna vers l'ange, et lui fit :

« Vous pouvez rester ici pour vous reposer ou vous barrer tout de suite, c'est vous qui voyez. Je sais que vous voulez guérir le médecin, mais je vous le conseille pas ; c'est un monstre en puissance, elle vous tuera si ses supérieurs lui demandent. Ou peut-être juste pour le plaisir.
_Ne jugez pas les gens sans les connaître parfaitement, mon fils...
_Je vous donne mon avis, rien de plus. Bref, ici vous serez en sécurité jusqu'au matin ; après, je vous conseille de vous barrer vite fait. »

L'homme sortit de la maison, laissant le trousseau à l'intérieur, et partit vers le port, sa silhouette s'estompant petit à petit dans l'ombre nocturne. Delm ferma la porte à clef, puis revint dans la chambre. Il tira devant le lit une chaise de paille un peu abîmée mais encore fonctionnelle, et s'y assit dessus en poussant un soupir de soulagement. Delm faisait confiance aux êtres humains, et parfois, une fois sur cent, un être humain le récompensait pour cette confiance. Parfois, on utilisait cette confiance pour le trahir au contraire. Cela n'avait pas d'importance. Dans l'état où il était, il ne pouvait plus rien faire de toute façon. Ses paupières se fermèrent lentement, et il se laissa couler dans un sommeil réparateur...
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Yris Von Brag
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MessageSujet: Re: Parce parfois dans la vie, il y a des imprévus de taille... [Delm]   Mar 18 Oct - 11:45

Son esprit vagabondait de-ci de-là, ne laissant aucun souvenir, aucune émotion dans sa torpeur. Elle était calme, pas l'habituel calme zen, non. Son âme semblait apaisée, comme déconnectée de toute la souffrance intérieure qu'un être humain pouvait ressentir. Son corps ne pesait plus rien, sa conscience n'était plus. Tout ne faisait qu'un. Si on appelait cela le paradis, alors oui Yris voudrait y rester pour l'éternité. Yris ? Mais qui était-ce ? Était-ce elle ? Qu'était-elle ? Toutes ces questions sans aucune importance. Elle ne souffrait plus, elle était enfin libre. Son entité se dissipa dans le néant paisible.

Un picotement léger se fit sentir. Rien de bien méchant, juste à peine perceptible. Mais où était-ce ? Tiens, mais ça bouge. Comme ça paraissait lointain !! Soudain, toutes ces sensations lui sautèrent à la gorge. Ça faisait mal, ça brûlait. Mais qu'on arrête cette horreur qui s’immisce à l'intérieur de son esprit. Brusquement, elle ouvrit les yeux en même temps que son buste se relevait. Elle n'était pas morte, juste bien épuisée et sonnée.

La vision qui s'offrait à elle était tout aussi étrange. La lune filtrait au travers d'une fenêtre sans volet ni voilage. Rien, ne semblait bouger à l'extérieur de la pièce. Une odeur de vieux bois emplissait la pièce. Celle-ci ne comportait apparemment que très peu de choses, une chaise avec une masse informe posée dessus, une armoire, une table et un lit sur lequel la jeune femme était assise. Le style de la décoration était passé, et bon marché. Une douce respiration la tira de son inspection environnementale.

Yris tourna brusquement la tête vers la provenance du bruit régulier. Il provenait du tas bizarre sur le siège sommaire. Son mouvement faillit lui arracher un hurlement de douleur. Son épaule !! Elle avait un angle merdique et improbable. L'os devait être déboîté. Dans un crac sinistre et un gémissement étouffé, l'articulation fut remise. L'assassine se rendit compte qu'elle portait une étrange combinaison en cuir marron très sombre zippée sur le côté dont un bout manquait. Surement un masque qui avait été déchiré pour X raison. Le zip glissa silencieusement dévoilant les épaules et le décolleté tatoué de deux estafilades vieilles de plusieurs années. Curieuse, elle pivota et se leva sans aucun bruit, tel un chat. Un miroir l'attendait, posé sur la table au pied du lit. Elle se vit. Une vilaine éraflure sur la joue suintait encore. Ça venait de se produire. Qui oserait balafrer un aussi beau visage ? Autant d'interrogations qui restèrent en suspend. Perdue dans le reflet de son image, Yris remarqua qu'après un certain temps que la forme bizarre remuait de temps à autre comme pour se remettre en place. La jeune femme s'approcha, tendant la main droit devant elle pour toucher cette chose.

Premier contact, doux, à peine marqué. il s'agissait de tissu. Attends, un tissu qui respire ? Ah, non ! Ça c'est pas normal. Elle s'accroupit, face à la chaise, et détailla attentivement la silhouette sortant de l'ordinaire. Verdict, il s'agissait d'un homme emmitouflé dans une cape visiblement confortable, avachis sur une pauvre chaise en osier.Après s'être relevée, d'un léger mouvement de la main, elle fit basculer la tête de l'homme en arrière, pour qu'il soit éclairé par la Lune. Ce fut le choc pour elle. C'était un ange dont les longs cheveux sombres tombaient en cascade. Il avait un visage tellement parfait que s'en était irréel. La capuche baissée, la nuque soutenue par le bras valide, Yris se perdait dans la contemplation de l'oeuvre d'art vivante. La demoiselle sourit, attendrie, pleine de bienveillance.

Les minutes s'écoulèrent, et tout à coup, les paupières de l'être de lumière s'ouvrirent peu à peu découvrant de splendides saphirs. Ce fut le choc pour la jeune femme...

Tout d'abord immobile, hypnotisée, stupéfaite, puis terrifiée. Elle relâcha le soutien offert à l'ange et recula brusquement, bascula en arrière contre le lit, reculant encore contre le mur. Ses souvenirs revenaient peu à peu. Ses yeux noirs cherchaient sa lame, posée contre l'armoire, à proximité de ses gants de cuir. Trop loin. Hésitation, que faire ? Il était dangereux, mais pas autant qu'elle. Du moins, elle l'espérait sincèrement.

Ça ne prit qu'un quart de seconde, son corps bondit sur l'ange à moitié réveillé, tel un félin sur sa proie. Contre toute attente, la vétuste chaise craqua, leur équilibre bascula et l'ange finit à terre sur le parquet, l'humaine vautrée sur lui, le visage un peu trop près du sien. L'épaule gauche prêt à lâcher au moindre mouvement en prime...

Bon sang, à quoi elle jouait ? Mais ces yeux... Ces yeux là, lui rappelaient trop de choses...Tout ça à cause d'une foutue mission d'élimination ! La confusion régnait dans son esprit torturé.
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MessageSujet: Re: Parce parfois dans la vie, il y a des imprévus de taille... [Delm]   Ven 11 Nov - 13:55

Delm était dans un état qu'il ne connaissait pas. Tout simplement parce-qu'il n'avait pas été dans cet état depuis des années... C'était pourtant un phénomène dont il avait la maîtrise concernant autrui, un maîtrise servie par une expérience de longue durée et une assiduité à son apprentissage presque démesurée. Eh oui, Delm dormait. Habituellement, l'ange « reconstituait ses réserves d'énergie » assis en tailleur sur son lit, son esprit libre et relâché, mais jamais hors de contrôle. Le sommeil est différent : il relâche toutes les barrières de l'esprit, le corps ne reçoit plus aucun ordre du conscient, puisque le conscient est absent. Et ça, Delm avait beaucoup de mal à l'accepter, car un être aux sombres ailes tapi au fond de son âme n'attendait qu'un relâchement de sa part pour inonder une nouvelle fois son corps... Heureusement, cette partie noire qui existait quelque part en lui n'avait absolument rien à faire du sommeil de son hôte. Non, ce qu'elle désirait par dessus tout, c'était une demande d'énergie de la part de l'ange, car elle savait où trouver cette énergie... et l'utiliser à sa façon. Une reconstitution somme toute naturelle des réserves énergétiques de l'être angélique, toute inhabituelle qu'elle soit pour le pauvre Delm, ne correspondait absolument pas à une quête de puissance. De toute façon, quels qu'aient été les choix du guérisseur, il n'avait pas la possibilité de les exprimer dans le cas présent. Pour une raison très simple. Delm dormait.

Mais toute chose a une fin, et l'issue logique du sommeil est le fameux réveil. Il en existe plusieurs types. On distingue notamment le réveil dit du « lundi matin à 6 h 45 alors que je me suis couché à 1h 38 la veille », très désagréable puisqu'il est très souvent remplacé par le fameux « oh putain 10h 12 merde j'avais pourtant mis le réveil à 6h 45, quel con d'être sorti hier soir ! ». Il y a également le non moins désagréable « 7h ? Haha tranquille on est dimanche je peux dormir jusqu'à midi ! ». Pourquoi ce dernier est-il particulièrement horrible ? On s'en rend compte généralement deux heures plus tard. « Mais... Mais... Mais putain on est pas dimanche on est lundi ! Quel con ! ». Il y a bien entendu le réveil neutre et sans histoire : impossible de se remémorer la façon dont on s'est réveillé le matin même. On se demande parfois même si on s'est bien levé ce matin, avant de réfléchir. Et de comprendre. « Mais quel con ! ». Enfin, ceux qui sont généralement les plus appréciés, les réveils « oh non 7h... encore un vendredi matin où je vais être en retard... ». Ils sont excellents. Surtout le passage « Eh mais... Mais on est pas vendredi, on est samedi ! Haha quel con, mais quel con ! Je peux dormir ! ». Finalement, on pourrait résumer le réveil par le dénominateur commun « mais quel con ! », ce qui est en accord avec l'adage répandu « la nuit porte conseil ». Le réveil est une sorte de bilan, une conclusion qui s'impose à l'esprit après avoir passé la nuit à cogiter. Tout ceci concerne un être humain moyen. Normal. Mais Delm n'était ni humain ni normal. C'est pourquoi il ne se rendit pas plus compte que la veille au soir qu'il jouait avec le feu, et que ses actions équivalaient à peu près à marcher en travers d'une autoroute les yeux bandés, de nuit, par temps de verglas et avec une tenue de camouflage.

L'ange ouvrit les yeux. Lentement. Il commença à distinguer la périphérie ; une lueur s'immisça entre ses deux paupières mi closes, assez forte pour qu'elle aide son esprit à reprendre le dessus sur son corps, mais pas assez pour qu'elle ne choque ses pupilles et le mette en état d'alerte. C'était une lumière froide et agréable pour l'ange. La lune. Delm aimait la douce lumière de la lune, qui baignait les êtres et les objets sans les agresser comme le soleil pouvait parfois le faire. La lumière froide avait quelque chose qui donnait un aspect sacré aux scènes qu'elle éclairait. Delm n'avait jamais douté de l'existence du Haut Père, mais c'était la nuit, seul dans sa chambre, assis en tailleur sur son lit, fixant la lune par la petite fenêtre en face de lui, qu'il avait le sentiment le plus intense de Sa présence.

L'ange sourit. On ne pouvait rêver meilleur réveil. La journée allait être bonne.

« Bon présage... » murmura le guérisseur en savourant la situation.

C'est à cet instant qu'il se fît littéralement désosser par une masse difforme qui jaillit soudain de derrière le lit. Le souffle coupé, ne comprenant rien à ce qui lui arrivait, Delm sentit quelque chose s'affaisser sous lui. Un craquement déchira le silence oppressant de la pièce, et il se retrouva tout à coup par terre, avec comme un poids sur lui. L'esprit de l'ange, complètement perdu, réfléchissait intensément pour mettre le doigt sur ce qui lui échappait, ses idées tourbillonnant dans tous les sens, la palette complète de ses émotions s'affichant sur son visage en l'espace d'une seconde. Puis enfin il sut. Il avait la réponse. Il comprenait. Il dit la solution à haute voix.

« Une chaise ! »

C'était une chaise qui s'était trouvée sous lui, et qui avait craqué au moment où la chose l'avait agressé ! Voilà déjà un mystère d'élucidé. Au suivant.
Oui, l'esprit de Delm avait un côté pragmatique un peu curieux, avec un sens des priorités parfois déconcertant. C'est aussi ce qui faisait de lui ce qu'il était, un ange un peu naïf dans lequel on pouvait placer sa confiance mais pas ses secrets... Mais pour l'heure, l'esprit angélique s'attelait à la dure tâche de savoir qui était son agresseur. Et c'est la lune qui lui apporta la réponse, puisqu'un rai de lumière bleutée avait eu la bonne idée de se frayer un passage entre les lattes mal jointes du plafond de bois de la baraque, pour venir se poser sur la moitié des visages de l'ange et de l'humaine. Or, la moitié d'un visage est assez souvent le symétrique de l'autre moitié par rapport à l'axe du nez, aussi était-il assez facile à Delm de reconnaître la jeune femme associée à l'incident du hangar. Il resta un moment totalement immobile, se demandant qu'elles avaient pu être les circonstances ayant mené à une pareille situation. N'en trouvant aucune, il décida que ça n'avait de toute façon pas d'importance. Il décida d'écarter délicatement le corps de son assaillante sur le côté pour pouvoir se relever, car être allongé sur les débris d'une chaise avec quelqu'un sur le ventre n'est agréable pour personne. Pour se faire, l'ange déposa sa main sur le bras de l'assassin.

Ce simple contact lui apprit deux choses. Premièrement, le sommeil était vraiment quelque chose de bénéfique, il faudrait qu'il retente à l'occasion : sa capacité de guérison lui était entièrement revenue, il ne s'était jamais senti aussi bien et aussi capable de guérir. Deuxièmement, l'épaule associée au bras qu'il tenait avait besoin de soins.

Delm aurait évidemment pu commencer par se relever avant de tenter la guérison, mais il n'était pas seulement guérisseur par métier ou par talent. Il l'était surtout par passion. Et la passion de la guérison impliquait qu'il ne puisse rien faire d'autre que de déployer son art lorsqu'il voyait un humain blessé, quel qu'il soit. C'est pourquoi la tête de l'ange se reposa sur le parquet grinçant, alors qu'une magie aussi douce et froide que la lumière de la lune qui auréolait la scène, s'écoulait de ses doigts fins.
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Yris Von Brag
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MessageSujet: Re: Parce parfois dans la vie, il y a des imprévus de taille... [Delm]   Ven 30 Déc - 12:33

Les mots que prononça l'ange et le contact de sa main sur l'épaule encore endolorie la ramenèrent à la réalité. La jeune femme froide et sans pitié était de retour. Elle ne montra aucune expression, aucun de ses muscles ne se contracta ou se relâcha. Ses yeux bruns fixèrent l'individu, qui avait entrepris de la soigner. L'effet fut immédiat, tel un serpent sur sa proie, sa main droite agrippa le cou de l'ange, les ongles entamant la chair. Un sourire sadique étira ses lèvres. Sa main serra lentement le cou de son adversaire, presque avec délice. Il avait fait échouer sa mission, ce serait donc lui qui en paierai le prix. Des mots furent susurrés à l'oreille de la créature divine avec un délice malsain :

Tu ne crois quand même pas que tu vas t'en tirer comme ça ? Détruire le travail d'autrui ce n'est pas très convenable. On ne t'a jamais appris ça, là-haut ? Et puis, si tu pouvais lâcher mon bras, avant que j'arrache le tien, ça serait gentil... Je pense même que j'abrégerai tes souffrance si tu es sage.

Sans prévenir, avec la même vitesse que précédemment, Yris dégagea son bras de l'étreinte angélique pour asséner un violent coup de coude dans le plexus de sa proie. Toutes les capacités de son bras étaient restaurées grâce à l'ange. Ce n'était pas un débutant apparemment. Un micro doute vint s'installer dans son esprit, qui fut aussitôt chassé. La lumière de la Lune lui donnaient un air de statue démoniaque, livide et morbide à souhait. La nuit serait bientôt terminée, tout comme la durée de vie de son nouveau jouet. La demoiselle était bien là où elle était et de comptait pas en bouger.

[HRP: post minable... inspi à zéro désolée Delm...]
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MessageSujet: Re: Parce parfois dans la vie, il y a des imprévus de taille... [Delm]   Lun 23 Jan - 4:11

Delm était... pris au dépourvu. Comme souvent, me direz-vous. Quand on soigne un assassin en puissance qui vient d'éliminer quelques dizaines de malfrats de la pire espèce, il ne faut pas forcément s'attendre à ce qu'il vienne vous dire « bon sang, je crois que j'ai enfin compris le vrai sens de la vie, j'arrête définitivement de tuer et je vais lier ma vie à la cause de Dieu afin de me repentir de mes pêchés les plus obscurs ». Il faudrait plutôt se préparer à se faire étrangler par le fragile membre qui vient d'être restauré d'une magie de maître, et à ce que le miraculé vous susurre quelques mots bien choisis dans le vocabulaire sadique tout en vous retirant la vie à la même vitesse que vous lui avez rendu la sienne. Delm commençait donc tout à fait logiquement à suffoquer. Pas forcément paniquer, puisque cet état d'esprit n'aurait servi qu'à consommer d'avantage d'oxygène dont il était plus que recommandé de faire l'économie dans la situation actuelle, mais simplement à suffoquer. Des petits points noirs commençaient à apparaître un peu partout dans son champ de vision, masquant la lumière froide de la lune si chère à ses yeux, masquant le décor plongé dans l'obscurité de la pièce, masquant d'un voile de plus en plus sombre le visage de la jeune femme. Tout être céleste qu'il soit, le cou d'un ange était on ne peut plus simple : une artère, une veine, une trachée, un oesophage. Autant l'oesophage n'était pas des plus utiles en pareille situation, puisque Delm n'avait pas pour projet immédiat de se nourrir d'un quelconque aliment, autant la trachée devait nécessairement se libérer de la pression implacable qu'exerçait l'assassin dessus. Pour cela, il n'y avait qu'une seule chose à faire.

La guérison angélique s'opérait en deux étapes principales qu'étaient la détection et la modification. L'étape de détection ne donnait pas simplement des informations au guérisseur, elle lui donnait toutes les informations. Le sens du flux sanguin, la température, le nombre et l'activité des messagers nerveux, l'état de fatigue des fibres musculaires, rien n'échappait à l'oeil exercé de l'ange. L'étape de modification, quant à elle, était intervenue pour soigner le mal dont souffrait le bras concerné, mais en réalité elle pouvait s'opérer dans les deux sens... Delm s'acharnait à toujours prodiguer des soins universellement bénéfiques, c'est à dire qui engendraient peu ou pas d'effets secondaires, mais s'il augmentait par exemple le nombre de cellules défensives circulant dans le sang d'un individu, au lieu d'augmenter d'autant la résistance de la personne à la maladie, ce geste pouvait provoquer des caillots et tuer le patient en un rien de temps... De même, lorsqu'il opérait des zones sensibles comme la racine des muscles, il avait pour habitude de suspendre toute activité nerveuse dans ces zones, afin d'éviter toute souffrance inutile aux blessés. En soi cette modification était bénéfique sur le moment puisqu'elle permettait une guérison indolore ou du moins dont la souffrance l'accompagnant était singulièrement réduite. Mais réalisée en dehors d'une opération de guérison, qu'était-elle ? Delm n'avait encore jamais vraiment agi de la sorte... Il lui arrivait certes d'endormir des humains en libérant des hormones dans leur cerveau, mais c'était afin de les protéger d'un danger bien plus grand. Jamais il n'avait agi ainsi pour se sauver lui-même. De serait donc une première.

L'ange laissa sa conscience parcourir le bras de l'assassin, remontant le long des muscles tendus. Il ne pût s'empêcher un petit sourire en constatant qu'il avait fait du bon travail dans sa précédente guérison... Mais à présent il allait employer son pouvoir pour une toute autre raison.
Etonnamment, la libération de sa magie ne s'était jamais passée aussi bien... Il commençait à comprendre pourquoi certains de ses confrères usaient d'herbes destinées à les faire entrer dans une transe proche d'un état comateux, un état semi-conscient tout proche du voile de la mort, avant de procéder à la guérison. Il était plus facile de libérer son esprit et de lui permettre d'explorer le corps du patient. Delm aurait été à ce moment précis capable de guérir une blessure profonde et en temps normal incurable... Sauf qu'il n'était pas là pour guérir. Il allait toucher à un corps sain pour sauver sa peau. Certes égoïste, mais face à la mort, les créatures les plus désintéressées se trouvaient soudain un certain nombre d'excuses comme le fameux « voir à plus long terme », reconsidérant ainsi à la fois leur position mais aussi leur opinion sur les agissements altruistes qu'ils condamnaient autrefois...

Delm ferma les yeux, et murmura dans un souffle :

« Navré très chère, mais je ne peux vous laisser continuer... »

Il suspendit tout.

Toutes les liaisons nerveuses de tous les membres. En un instant, toute la pression se relâcha sur le cou angélique. Le corps soudain privé de tout dynamisme de l'assassin s'affala sur Delm, qui le retint par les deux épaules. L'ange se redressa lentement, reprenant ses esprits doucement, tout en veillant à garder un contact physique avec le corps de la jeune femme. Sans ça, il ne pourrait plus contrôler les messages nerveux, et tout se remettrait à fonctionner de façon anarchique, elle pourrait contrôler certains de ses mouvements tandis que d'autres seraient simplement une série de spasmes violents entrecoupés de moments d'inertie totale. Il ne pouvait pas se permettre cela. Pour l'instant, il contrôlait la situation.

Il adossa la jeune femme au montant du lit puis s'accroupit et la regarda droit dans les yeux. Il ne pourrait jamais lui faire de mal, mais elle n'était pas obligée de le savoir... Son regard se fît de glace, et c'est d'une voix sombre qu'il reprit la parole :

« Je vais relâcher mon emprise sur ton corps. Si tu tentes de t'en prendre à moi, si tu tentes de récupérer une arme, ou simplement si tu penses à attenter à ma vie, la prochaine fois ce ne sont pas tes membres que je neutralise... »

L'index de l'ange se tendit soudain, et exerça une pression à la limite du supportable sur la poitrine de l'assassin.

« ... c'est ton coeur. »

Puis l'ange relâcha lentement son contrôle, pour que la jeune femme puisse reprendre possession de son corps sans désagréments. Quand ce fût terminé, Delm retira ses mains.
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Yris Von Brag
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MessageSujet: Re: Parce parfois dans la vie, il y a des imprévus de taille... [Delm]   Sam 28 Jan - 11:23

La douce sensation de toute puissance sur un être faible et sans défense était ce qui satisfaisait le plus la jeune femme dans ces moments malsains. Il faut l'avouer, au plus profond d'elle même, son coeur n'approuvait pas vraiment ce genre de comportement déviant et tordu. Mais chaque pas qu'elle faisait dans cette direction l'amenait un peu plus près vers son but ultime. Rien ne l'en empêcherait, surtout pas un vulgaire ange de pacotille qui contrecarrerai ses plans. Intérieurement, c'était l'orgasme mental, sentir le souffle de vie de cette pauvre chose frémir et se débattre entre ces mains sans pitié, expertes en torture et en multiples manière de tuer. Il avait eu le culot d'intervenir dans sa mission, jetant par la fenêtre ses chances de succès et de discrétion. La simple idée qu'elles pourraient arracher une à une chacune de ces plumes d’albâtre, comme il l'avait fait aux âmes rejoignant la mort dans le hangar, lui filait des frissons grisants, jubilatoires. Une fois de plus, elle tuerai, une fois de plus, une chose inutile à ses yeux.

En parlant d'yeux, Yris ne quittaient pas les saphirs qui lui faisaient face, la plongeant un peu plus dans une transe hypnotique. Un saut vertigineux vers un océan profond et agréable. Ils lui ressemblaient tellement, vraiment trop. A cette pensée intense, une blessure de son coeur se rouvrit brutalement, comme si l'ange lui avait enfoncé cruellement une lame entre deux côtes provoquant un sursaut intérieur, la ramenant à la réalité. Son sourire sadique s'effaça, ses doigts s'apprêtèrent à desserrer leur étreinte laissant passer l'air dans la trachée, visiblement choquée. Mais ce ne fut pas d'elle même qu'elle relâcha sa proie. L'assassin se sentit faible, comme privé d'énergie. Ce n'était pas cette surprise qui avait provoqué cette perte d'équilibre. Que se passait-il ?

Son corps frêle avait basculé en avant, ne répondant plus à ses ordres. L'aérokynésiste tenta tant bien que mal de faire réagir la masse inerte qui lui servait d'enveloppe. Bizarrement, un détail lui revint. L'ange avait parlé. Enfin, non. Il avait murmuré. Mais quoi ? Il avait invoqué ses dernières forces ? Balancé un sort d'immobilisme ? Mais, merde, il lui fallait une réponse et vite. Sa patience avait vraiment des limites dans ce genre de situation incompréhensible. Bon, check rapide, les pieds ? ... HS. Les jambes ? HS. Le bassin ? HS...Les épaules ? HS..... Les bras ? HS ! Putain ! Qu'est ce qu'il lui était arrivée ? Étrangement, elle parvint à tourner la tête, pas vraiment posée sur le buste du pigeon OGM, en direction de son visage, ses épaules en suspension. L'ange la retenait à mi-hauteur, se relevant doucement.

Le visage d'Yris se tordit de rage, si ses iris pouvaient tuer, elle aurait foudroyé la créature divine sur place et dans l'instant. Elle cracha son venin, sans mâcher ses mots :

'tain ! Mais QU'EST CE QUE TU M'AS FAIT ? Espèce de MALADE ! Rends-moi mes bras et mes jambes ! Enflure ! Je te jure quand je vais les retrouver, je vais te plumer comme un vulgaire poulet et te faire rôtir à la broche ! T'as l'audace de te pointer devant moi comme une fleur, à balancer tes soins par-ci par-là à des gens qui n'ont eu que ce qu'ils méritent. Je me suis fait blesser par ta faute. Tu m'as fait PERDRE MON TEMPS ! Stupide piaf ! T'as pas d'autres personnes à sauver, des qui n'ont strictement rien fait et qui ne demandent rien ? Des personnes INNOCENTES qui t'attendent parce qu'ils sont sur le point de mourir sans raison parce que d'autres on voulu attenter à leur vie ! T'es INUTILE ! Continue de prêcher le bien, en fermant les yeux sur la réalité de notre monde, n'agit pas, laisse les crevards détruire chaque chose cher au coeur des gens ! VAS Y ! JE TE TUERAI ! Même sans bras, ni jambes ! Crois moi ! T'es passé à côté d'une magnifique mort à côté de ce que je vais te faire subir !

Plus ses paroles s'intensifiaient, plus les larmes de colère et de tristesse coulaient, ruisselant à peine sur ses joues pâles, tombant directement sur le sol. Son corps était à présent adossé contre le montant du lit où elle s'était réveillée quelques minutes plus tôt. Elle s'arrêta de hurler, essoufflée. Ses yeux bruns fixaient avec haine l'ange qui venait de s'accroupir à sa hauteur, la fixant à son tour, d'un regard glacial. Il parla, ce qui arracha un sourire mauvais à la jeune femme, suivi d'un haussement de sourcil. Son doigt appuyé à l'endroit où était son coeur, sans le savoir, sur une de ses cicatrices. Si seulement, elle avait un coeur pour les autres. Le sien rien que pour elle était quasi-inexistant. Alors pourquoi une menace comme celle-là, l'atteindrait ? Si elle mourrait tant pis. Du tac au tac, elle lâcha :

Un conseil tue-moi maintenant, où tu le regretteras. Une occasion comme celle-là ne se reproduira pas, crois-moi !

Lentement, l'humaine à l'air cadavérique sentit ses fonctions tactiles et mobiles revenir. Elle ne fit rien, ne changea rien à sa position "d'handicapée", attendant patiemment le moment opportun sans arrêter de le fixer avec dédain. Un clignement d'yeux lui suffit pour se détendre tel un ressort à une vitesse folle, son genou percutant violemment le menton de l'être céleste, le faisant tomber à la renverse sur le parquet froid, sa main droite tendue appelant son katana à elle. Son pouvoir s'activa, une bourrasque déplaça brutalement l'arme dans sa direction, dégainant au passage la lame mortelle de son fourreau. Avec une grâce surnaturelle, le métal trancha méthodiquement le flanc gauche de sa victime dans une gerbe de sang. L'entaille était profonde et la quantité de sang qui s'en déversait était impressionnante. Un second coup parti, mais fut stoppé net coupant superficiellement le derme au niveau de la mâchoire de l'ange. Quelqu'un avait pénétré dans la maison. Et pas qu'une seule personne.

Et merde...

Un léger moment d'hésitation se fit sentir. Soit s'enfuir comme à son habitude, laissant le sale boulot au reste des malfrats, ou le terminer comme il se doit, en accélérant un peu le rythme. Elle choisit la seconde option, cependant le petit temps de réflexion avait permis aux intrus de se précipiter au premier étage, là où nos deux protagonistes s'étripaient joyeusement, enfin, juste Yris. Ils étaient trois...plus pour longtemps.

Un soupir agacé se fit entendre, une porte s'ouvrit en fracas, un cri d'exclamation suivi d'un gargouillis ignoble et de trois bruits sourds de chutes. La jeune tueuse les avait expédiés en bas des escaliers, par souci de simplifier un éventuel ménage. Sa lame raya le parquet usé, puis effleura la joue de l'ange du plat du métal ensanglanté laissant une marque rouge sombre sur la peau pâle. Un susurrement chatouilla l'oreille du pauvre type encapuchonné étalé au sol.

Tu as de la chance, je te laisse contempler la Lune comme dernier souvenir de cette vie triste et vide.

Sur cette phrase, la silhouette sombre récupéra ses gants, son morceau de masque et enjamba la fenêtre. Un dernier regard satisfait sur sa victime se vidant de son sang. Un dernier regard qui se mua en un regret poignant. Deuxième soupir agacé. Elle allait vraiment détester faire ça. Mais vraiment.

La fermeture de sa combinaison en cuir glissa le long de ses côtes, dévoilant une sorte de bandage destiné à cacher la poitrine presque inexistante de la demoiselle et les cicatrices qui ornaient sinistrement son buste. Une sangle fermement plaquée contre sa peau, dévoilant dans son dos, un sac d'une finesse et d'une souplesse surprenante en fibre de carbone. Cette sacoche contenait une trousse complète de soin et de chirurgie d'urgence soigneusement ordonnée. Agenouillée près de sa victime agonisante, dont le côté avait été comprimé avec soin et précision avec une bulle d'air sous pression, empêchant les organes internes d'être noyés dans le liquide vital et que celui-ci ne décide de partir en voyage à l'extérieur. Le docteur commença son intervention délicate. Jamais au grand jamais, elle n'aurait fait ça. Jamais sans ces yeux. C'était pour "elle" qu'Yris réparait cet ange, pas par remords. D'une voix étrangement douce et apaisante, elle demanda :

Reste avec moi, il le faut. Parle si besoin, mais reste éveillé... S'il te plaît.

Windy Ghost devenait vraiment folle...

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MessageSujet: Re: Parce parfois dans la vie, il y a des imprévus de taille... [Delm]   Sam 4 Fév - 13:31


Il est des situations qui changent les perceptions, des états qui modifient la vision que l'on a du monde, des paroles qui blessent jusqu'au plus profond de l'âme, qui remettent en question toute notre existence. Les paroles de l'assassin n'étaient pourtant pas de celles-là. Ce discours, l'ange l'avait déjà entendu des centaines de fois, et il y était resté sourd, son armure mentale n'avait jamais été fissurée par ce genre de propos. Sa foi en ses actions était telle qu'il restait stoïque devant des affirmations du genre « tu sauves des criminels et tu laisses des innocents se faire massacrer ». Pour lui, les seuls êtres qui ne méritaient pas d'être sauvés étaient les démons, qu'il considérait comme des maladies, des microbes ou des parasites à exterminer, bien qu'il n'ait jamais tenté de les combattre réellement. Tous les autres, toutes les entités dotées d'une conscience, méritaient qu'il emploie ses talents afin de les aider. Ce n'était pas à lui de décider que telle ou telle personne avait le droit de vivre ou pas, ce n'était pas son rôle de catégoriser les gens selon leurs actions passées. Il laissait ça à « en-haut », et se contentait d'être un guérisseur universel, ce qu'il faisait d'ailleurs fort bien. Nul ne peut savoir de quoi sera fait le lendemain... Un homme avec les meilleures intentions du monde pouvait précipiter sans le savoir le pays dans le chaos, alors que d'un autre côté un être vil et lâche ayant tué sans compter toute sa vie sauverait des milliers de vies par un enchaînement de faits impossibles à prévoir. C'est pourquoi Delm faisait ce qu'il faisait, c'est pourquoi il était ce qu'il était. Guérir ces hommes sans foi ni loi était une facette de ce concept, et c'est cette même facette qu'il avait employé pour la guérir à elle aussi. Il avait déjà eu à faire à de telles véhémences, et ne pas en tenir compte avait longtemps été sa réaction première. A présent, il faisait quelque chose de plus. Il le notait dans un coin de son âme.

Cette explosion verbale était souvent le signe avant-coureur de ce que Delm cherchait inévitablement dans chaque être qu'il croisait. Un coeur. Ce flot de paroles n'appartenait pas à un assassin sans coeur et froid comme la mort, ce n'étaient pas les mots d'un démon pétri de malice. Non, c'était plutôt la propriété d'une âme qui s'était piégée elle-même ou s'était retrouvée prise dans les terribles engrenages du temps et des actions immorales, une âme qui évacuait sa frustration accumulée au fil des années à force de se voiler la face et de devenir ce qu'elle n'était pas. L'ombre d'un sourire passa sur le visage de l'ange en comprenant cela. Juste avant qu'une toute autre ombre y fasse son apparition. Le coup de genou.

Le menton de l'ange fût propulsé en arrière, un filet de sang s'échappant de ses lèvres à-demi ouvertes, tandis qu'un craquement inquiétant indiquait le bris de plusieurs os dans la délicate mâchoire angélique. Il n'eut pas le temps de faire un diagnostic plus avancé de son état. Quelque chose déchira son flanc gauche. Deux battements de paupière supplémentaires permirent aux yeux de glace d'imprimer une dernière fois la douce et froide lumière de la lune éclairant celle qu'il avait cru pouvoir sauver. Tout disparut.

Quelque chose se brisa.

La douleur explosa dans son âme comme un raz-de-marrée sanglant qui dévasta son esprit, brisa toutes ses résistances, détruisit tout ce qu'il était. Delm ? Il n'existait plus. Son corps était le siège d'une révolution qu'il avait déjà effectué, mais en sens inverse. Autrefois, ses muscles avaient été les témoins muets d'une possession démoniaque d'une rare intensité, et d'un exorcisme peu commun. Alors que Delm prenait le contrôle sur le corps ailé, les plumes de l'être déchu avaient viré du noir le plus absolu à un blanc éclatant de pureté, ses yeux rouges s'étaient noyés et avaient refait surface sous forme de deux cercles de glace limpide. Son enveloppe corporelle s'était pliée aux exigences de son esprit de chaste guérisseur, l'être démoniaque qui avait à l'origine existé en était réduit à un noyau de puissance loin dans les tréfonds de l'âme angélique. Tout cela, c'était avant. Depuis, Delm avait déjà recroisé ce qu'il était autrefois, notamment lorsqu'il demandait trop d'énergie pour lancer un sort. L'être démoniaque qui se tapissait en lui le possédait ce pouvoir... Mais la force des convictions de l'ange avaient jusque là suffi à ré-emprisonner son plus grand cauchemar. Jusque là, ses convictions avaient été les plus fortes.

Mais il est des situations qui changent les perceptions, des états qui modifient la vision que l'on a du monde, des paroles qui blessent jusqu'au plus profond de l'âme, qui remettent en question toute notre existence. Les paroles de l'assassin n'étaient pourtant pas de celles-là. Ses paroles non. Ses actes, c'était autre chose.

Ce n'était pas vraiment le coup pourtant certainement mortel à son flanc gauche qui avait brisé Delm, c'était une sensation déchirante et destructrice qui avait pris son coeur dans un étau et le resserrait délicatement dans son étreinte sanglante. La trahison. C'était la dernière image qu'avaient imprimé ses yeux bleus. Oh, il rouvrit bien les yeux... Mais ils n'étaient plus bleus. Ils étaient de la même couleur que le liquide qui bouillonnait dans ses veines. Les paupières de la chose qui n'avait plus rien d'angélique se levèrent sur des globes oculaires rouge sang. Sa langue capta le délicat souffle du vent, son nez décela la délicieuse odeur de la mort, son sens du toucher repéra la froideur d'une lame près de lui, et son ouïe lui apporta le plus beau de tous les messages : « Tu as de la chance, je te laisse contempler la lune comme dernier souvenir de cette vie triste et vide... » L'ange déchu jubila. Voilà à quoi ça menait d'aider les faibles ! Voilà comment les gens remerciaient leurs protecteurs ! Cette fois-ci, il était ancré en ce corps d'une manière si puissante que le guérisseur avait été enfoncé à des lieues de la surface de son âme. Mais ce n'était pas là le problème. Le problème, c'est que Delm avait renoncé à remonter.
Ses ailes d'un noir d'encre remuèrent un peu. Mouvement sans doute imperceptible à l'oeil nu, d'autant plus qu'elles se fondaient dans l'obscurité de la pièce, si bien que l'on pouvait même douter de leur existence. Et pourtant, elles étaient bien là, et leur propriétaire s'apprêtait à faire sa première victime depuis de très nombreuses années... La silhouette de son assassin fendit un instant la délicate lumière de la lune. Un doigt se leva, masquant à la vue de l'ange déchu la traîtresse. Il lui suffisait de baisser le doigt. C'était presque trop facile. Qu'il plie son index, et elle mourrait.

Pourtant, quelque chose le stoppa dans son entreprise. Etait-ce la même impression qui avait saisi l'assassin au même instant ? Le doigt de l'ange déchu ne se replia jamais. Ce fût Delm qui le rabaissa, dévoilant ainsi la jeune fille s'approchant de lui avec la ferme intention de le soigner. La douleur ré-attaqua son organisme, mais cette fois-ci elle provenait uniquement de sa grave blessure. Un léger sourire vint s'afficher sur les lèvres de l'être aux ailes redevenues blanches, et il se laissa aller aux soins d'un être à qui il avait eu raison de faire confiance. Certes il avait douté, mais au final, la confiance avait toujours été bénéfique ! Cette unique pensée envahit son esprit, repoussant l'être déchu loin, très loin, là où il attendrait une nouvelle occasion de se montrer. Pour une raison que Delm ignorait, il était incapable de détruire complètement ce démon, tout comme le déchu avait été incapable de l'éliminer, lui. Enfin, tant qu'il gardait le contrôle, tout se passait bien... Jusqu'à un certain point. Et selon un certain angle de vue.

Pourtant, quelque chose dérangeait l'inconscient de l'ange, à l'instant présent. Pourtant rien n'aurait dû altérer son état maintenant, maître de son âme et soigné par l'être qui l'avait fait tant douter... Quoique... C'était peut-être ça qui...

Des yeux plus bleus que jamais s'ouvrirent tandis qu'une main angélique se posa sur le poignet de l'assassin. Delm se redressa sur un coude, puis fixa la jeune femme, au moins aussi compliquée que lui mentalement parlant... La pression sur son poignet se resserra imperceptiblement, et il commença à drainer l'énergie vitale qui la parcourait.

« Tu es vraiment débutante en soins mon enfant... Laisse faire les professionnels... »

L'ange posa son autre main sur sa blessure, et, drainant toujours l'énergie de l'assassin pour venir à bout d'une opération qu'il était incapable de réaliser seul dans l'état où il était, résorba toute trace de blessure de son flanc. Satisfait du résultat et content de ne pas s'être fait d'avantage charcuter par l'apprentie-guérisseuse, Delm lui adressa un petit clin d'oeil compréhensif, puis se laissa aller contre son épaule... et s'endormit.

Un léger sourire flottait sur ses lèvres d'ange.
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Parce parfois dans la vie, il y a des imprévus de taille... [Delm]
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